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Conférencier : Gérard Chauvy Compte-rendu extrait du Bulletin n° 252 de mars 2011 |
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Nous
étions nombreux à nous être déplacés ce samedi, d'une part parce que le
conférencier du jour était Gérard Chauvy et d'autre part parce que le sujet
était inédit et d'un intérêt particulier, à savoir la prostitution à Lyon.
Après un rapide
historique mentionnant aussi bien le caractère sacré du plus vieux métier du
monde à Athènes, que les lupanars romains ou la prostitution médiévale
entretenue par les autorités, nous sommes revenus à Lyon dans l'univers des
étuves, qui se voulaient bains publics mais étaient en fait des lieux de
fornication.
C'est au 19e
siècle que des écrits témoignent de l'importance du commerce de l'amour à Lyon
avec l'existence de nombreuses maisons, dotées de la fameuse lanterne rouge et
d'enseignes flamboyantes dans tous les quartiers de la ville : 40 maisons au
total, la rue Molière entièrement dévolue à la prostitution, sans compter la
misère d'un prolétariat féminin rural en quête de travail en ville qui
connaissait bien souvent un destin tragique.
Avec la 3e
République, le « métier » s'organise et répond à certaines règles dans les 24
maisons encore existantes : déclaration aux services de police, fichage des
filles, entrave à leur circulation dans le domaine publique et surtout,
contrôles sanitaires pour essayer de lutter contre la syphilis et les maladies
vénériennes.
Au 20e
siècle les maisons closes deviennent maisons de rendez-vous et sont surtout
fréquentées par des bourgeois trop près de leurs sous pour entretenir une
maîtresse. On vient là aussi pour s'amuser ou écouter de la musique. Ainsi,
d'une part, tous les clients sont mis en fiche par ces maisons dont on se
repassait les cartes de visite et d'autre part, toutes les adresses étaient
répertoriées dans un « guide rose », annuaire très pratique !
Pendant la seconde
guerre mondiale, les soldats allemands en nombre, deviennent les nouveaux
habitués de ces établissements, contrôlant jusqu'au côté sanitaire des lieux
avant d'être remplacés par les américains à la libération.
C'est le 13 Avril 1946 que la loi,
insufflée par Marthe Richard, promulgue la fermeture des maisons closes et la
fin de l'esclavage des filles qui y travaillaient.
Depuis cette époque,
malgré tout, Lyon a continué à être une plaque tournante de la prostitution. On
se rappelle tous d'Ulla, occupant en 1975 l'Eglise Saint-Nizier avec les
prostituées de Lyon, pour demander une reconnaissance des filles.
Pour conclure, Gérard Chauvy cite
Alphonse Boudard qui écrivait déjà : « Plus ça change, et plus c'est pareil ! »
et constate qu'aucune réponse n'a été apportée depuis à ce vieux problème et
qu'on réfléchit toujours à des solutions adaptées.
Merci monsieur Chauvy
pour cet exposé historique et très élégant sur un aspect de notre société et de
notre ville dont on parle mal et de toute façon, peu volontiers.
Christine Bonjour