« T'as fini de tordre la gaugne ! » dirait une Lyonnaise pure souche à un gone qui fait la grimace devant sa soupe.
Ce serait une grand-mère, plutôt qu'une jeune maman, qui sermonnerait ainsi son petit-fils. Car parmi nos concitoyens, seules quelques personnes âgées parlent encore couramment la langue lyonnaise. C'est justement pour sauvegarder ce patrimoine local que l'association des amis de Lyon et de Guignol donnent des cours de parler lyonnais.
Samedi après-midi au palais de la Mutualité, Gérard Truchet, président de l'association et Anne-Marie Vurpas linguiste à la faculté catholique de Lyon, animaient une séance devant un parterre de quarante personnes environ.
Après s'être « pété la miaille » (s'être embrassé), les élèves sont prêts à enrichir leur vocabulaire. Bloc-notes à la main, ils attendent avec impatience que le cours démarre. Déjà un large sourire s'affiche sur leurs visages... Il faut dire que les leçons de Gérard Truchet ne manquent pas d'humour. C'est un minimum, lorsqu'on veut enseigner la langue des gones qui incarne l'esprit rieur des Lyonnais. Car contrairement à sa réputation, le Lyonnais n'est ni triste, ni froid : « C'est limage que nous avons. Mais lorsqu'on prend la peine de découvrir l'esprit lyonnais, on comprend que c'est une image fausse. Le parler lyonnais est la meilleure des démonstrations. Derrière chaque mot, chaque expression se cache un sourire, une plaisanterie. C'est tout l'esprit de Guignol ! » expliquait Gérard Truchet.
Le parler lyonnais est
percutant à l'oral, car c'est l'accent qui est drôle. « Pourquoi, prononce-t-on
feunotte (jeune fille), alors que ce mot s'écrit fenottes ? » lançait Gérard
Truchet en interrogeant son auditoire.
Et de répondre : « C'est parce qu'en même temps qu'il s'arrête de marcher,
lorsqu'il voit passer une charmante fenotte, le Lyonnais ralentit son élocution
en disant : Regarde la belle feuuu...notte ! » expliquait-il pour introduire son
explication sur l'intonation du parler lyonnais. « On traîne sur les voyelles,
les a, les o, les e. Sans forcer. Et puis on traîne un peu sur l'avant-dernière
syllabe. C'est beaucoup plus marrant comme ça ».
Anne-Marie Vurpas, auteur
de plusieurs ouvrages sur les langues régionales, profitait de la bonne humeur
ambiante pour rappeler que le parler lyonnais franco-provençal, « ce n'est pas
de l'argot ou des mots pour s'amuser, mais une langue avec une histoire
ancienne. Une langue aussi noble que le Français. Un patrimoine riche qui
véhicule la culture, les racines et l'esprit d'une région » témoignait la
spécialiste.
Et de conclure : « C'est une langue ancienne qui vient du latin et que les
Canuts ont enrichie. Beaucoup de Lyonnais n'en ont pas conscience. Il serait bon
que nous édiles le réalisent pour maintenir ce parler. Sinon, il pourrait bien
disparaître à tout jamais ».
A Lyon, trois entités participent à l'entretien du parler lyonnais : la faculté catholique, l'académie du Gourguillon et des pierres plantées, ainsi que l'association des amis de Lyon et de Guignol qui dispense ses cours depuis 1997, à plus de 80 amateurs de la langue et de l'histoire locale. A tous les amoureux de la capitale des Gaules.
Nathalie Garrido
« L'identité
lyonnaise me passionne » Julien, étudiant en
histoire, est Lyonnais d'origine. Il a découvert l'association des Amis de Lyon
et de Guignol sur internet. Passionné par « l'identité lyonnaise », il suit les
cours de parler lyonnais depuis un an et demi. « On utilise souvent des mots
qui sont issus de cette langue sans même le savoir. Le parler des gones, c'est
une bonne façpn de découvrir la culture et l'histoire locale » témoigne Julien. |
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